Répliques de supercars : simples flatteuses d'égo ?

Thomas DROUART      20 Juillet 2015       Vie pratique Guide d'achat Législation Informations

Répliques de supercars : simples flatteuses d'égo ?

Les répliques automobiles visent à reproduire une voiture de prestige, ancienne ou non depuis une base beaucoup plus commune. Il convient donc de modifier consciencieusement la carrosserie pour approcher l'original. Bien souvent, cela se remarque très rapidement...


Le profil

Quand on parle d'automobile, on distingue deux types de personnalités, il y a d'abord le néophyte, pour qui la voiture est un simple outil reliant le point A au point B puis le fin connaisseur. Bien sûr, il y a des nuances et certaines sont plutôt cocasses. Quand on parle de répliques automobiles, c'est un savant mélange des deux qui nous est concocté. Il est facile d'assimiler une personne roulant dans une réplique de Ferrari comme un "beauf", ou un "pauvre" qui n'a pas les moyens de se payer la vraie. Sur le fond, le deuxième point est véridique et le premier dépend clairement de l'individu. Après recherches, le profil type de l'individu possédant une réplique a la trentaine, rêve de Ferrari ou de Lamborghini depuis tout petit, roule dans une voiture citadine sans prétention, s'est parfois essayé au tuning et a des rêves de grandeur mais se trouve bridé dans un métier qui n'excède pas le smic et le contraint à uniquement fantasmer ses rêves automobiles...

Il faut toutefois différencier le type de réplique concerné, s'il s'agit par exemple de modifier une Clio 2 en RS, les modifications ne sont pas lourdes, mais nous traiterons ici de la création d'une réplique en partant d'une base totalement autre.

Franchir le pas

Puis vient le moment où ce passionné décide de franchir le pas et d'afficher une réussite sociale erronée qu'i
l veut afficher. L'achat de la base n'est généralement pas très coûteux, une Opel Calibra rincée ou ayant déjà subi la passion dévorante d'un tuneur, ou une antique Toyota MR2. Ou bien encore une Peugeot 406 coupé. Les kits carrosserie sont commandés sur eBay directement. Un véritable marché de la réplique s'est installé et comprend généralement des pièces issues directement du modèle copié. Les kits sont de belle facture et ne dénotent pas. Ils sont alors montés fièrement par l'individu. À partir de ce moment-là, plus de retour arrière possible, l'investissement (si on peut parler d'investissement) est colossal et dépasse souvent le prix d'achat de la base. Il faut donc s'y donner corps et âme et tenter de s'approcher le plus possible sans jamais atteindre l'original.

Sur Facebook, une personne ne reconnaît pas que cette F430 n'est qu'une réplique assez grossière.

Sur Facebook, une personne ne reconnaît pas que cette F430 n'est qu'une réplique assez grossière.

La remise en question

Phase primordiale du projet, elle est pourtant souvent oubliée. Volontairement. Je m'explique : au moment où l'individu reçoit ses pare-chocs, kits et autres appendices faussement aérodynamiques, il procède à un montage à blanc, souvent avec des jantes plus petites et peu fidèles puisque l'entraxe d'une Peugeot 406 coupé n'est pas celui d'une Ferrari F430 par exemple. Là, il faudrait se poser la question : N'est-ce pas ridicule ? Le résultat n'est-il pas grossier ? N'aurais-je pas l'air ridicule ? Est-ce que l'on dirait une vraie ?


C'est à ce moment que l'on doit décider : Vais-je accepter d'avoir une réplique approximative qui fera glousser n'importe quel puriste ou connaisseur ou vais-je faire de l'approximatif juste pour épater à la sortie des boîtes de nuit ? Il est triste de constater que c'est la solution de l'à-peu-près qui est adoptée régulièrement. C'est aussi la moins coûteuse, même si l'aspect financier dépasse souvent de loin les estimations primaires. La raison : des pièces rapportées parfois tirées de l'originale ici et là vendues à des tarifs propres à la marque copiée.

Réalisation chaotique

La réalisation d'une réplique ne se passe jamais comme prévu puisqu'il faut sans-cesse adapter, retailler, ressouder, mastiquer... Au final, la prise de poids de la réplique est conséquente, elle diminue les performances et la rigidité de la carrosserie peut s'en trouver vite altérée. Il faut alors faire et refaire tout en espérant que ça ne craque pas puisque l'aspect cosmétique de la réplique prime, c'est même son seul atout. L'unique.

L'intérieur est un point qui trahit souvent les répliques. S'il est pas le plus compliqué de copier l'habitacle spartiate d'une Ferrari F40, ce n'est pas le cas d'une F430 où le cuir règne.
Il faut donc créer à la main, coudre, trouver des compromis pour un résultat pas toujours à la hauteur. Mais faute de moyens et/ou d'autres solutions, il n'y a d'autres choix que laisser comme ça. Tant pis. Toujours dans le compromis et la résignation, la réplique prend la forme d'un chantier interminable et qui déçoit l'inconscient. On accentue donc des détails pour convaincre et se convaincre. On essaie constamment d'embellir les subtilités sans voir (ou vouloir voir) que le gros œuvre déconne dès la base.

Revente ou finalisation

Deux écoles interviennent ensuite qui dépendent directement de la lucidité et de l'objectivité du créateur de la réplique. Soit la personne
se rend compte que son projet pour lequel il a investit beaucoup de temps et d'argent ne vaut plus le coup et que le résultat n'est jamais à la hauteur des espérances et dans ce cas le projet est vendu "en l'état", soit il est terminé parce que "Maintenant que c'est commencé, autant finir".

Quand le projet est revendu, la personne ne se doute pas forcément qu'elle perdra beaucoup d'argent. Aussi belle soit-elle, une réplique est et restera une réplique et n'aura jamais le prestige de l'originale. Il faut donc accepter de vendre la "base" tunée, avec un prix en conséquence.

Pour ceux qui décident de terminer le projet, il aura généralement un goût d'amertume auquel il faut faire face, puisque de toutes façons, on ne revient pas en arrière, ce qui est fait est fait et que la somme prévue a été largement excédée... On accepte la situation et le projet et on se convainc de sa réussite et de sa fidélité.

Une réplique "pas pour la performance" et "un peu pour la frime" en vente sur un célèbre site de petites annonces.

Une réplique "pas pour la performance" et "un peu pour la frime" en vente sur un célèbre site de petites annonces.

Entre respect et pitié

Quant au résultat final, il est généralement très rapidement trahi par les puristes et connaisseurs qui notent des discordances dans les proportions ou dans les détails. Inutile d'essayer de les berner, vous n'y arriverez pas. Pour d'autres, davantage adeptes de superficialité et attaché au m'as-tu-vu, la réplique sera appréciée et flattera inévitablement l'égo. À condition de ne pas accélérer trop fort puisque les répliques demeurent largement moins bien motorisées ou misent des optimisations qui ne font qu'étouffer le moteur et le tuer à petit feu. Il faudra aussi ne pas ouvrir le capot pour admirer le moteur arrière puisqu'il sera bien souvent factice, où dissimulera alors le véritable "petit" bloc en dessous.

Qu'en dit la loi ?

La loi
interdit ces modèles contrefaits mais preuve de laxisme tant que les logos apposés ne sont pas ceux des modèles originels. Les modèles sont alors considérés comme de simples voitures tuning. Des professionnels se sont lancés dans la réalisation de réplique avec plus ou moins de succès. Superformance par exemple conçoit des répliques très réalistes de Ford GT 40 victorieuses au Mans, avec un soin du détail et une qualité de réalisation très proches de l'originale, notamment dans les dimensions. De nombreuses start-ups s'y essaient régulièrement mais avec des résultats beaucoup plus approximatifs et assez onéreux à la vue du produit fini. Et si la réplique incitait à se résigner et à accepter sa situation ? Accepter que l'on ne pourra jamais pouvoir se financer une Ferrari ? Qu'à défaut de réaliser son rêve, on s'en donnera juste l'illusion et que l'on essaiera juste de s'en convaincre soit-même et les autres ?

Et vous, que pensez-vous des répliques de supercars ?


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