Quand les constructeurs prenaient des risques

Thomas DROUART      24 Mars 2016       Vie pratique Informations

Quand les constructeurs prenaient des risques

Pour entretenir leur image ou tout simplement pour surprendre dans le bon sens du terme, les constructeurs automobiles font parfois preuves d'audace, pour le meilleur comme pour le pire. On leur reproche parfois de nous offrir un parc automobile grisonnant et sans charme mais nul doute que les modèles qui vont suivre auraient pu modifier ou ont déjà modifié l'image de l'automobile, d'un point de vue formel ou bien comme un art de vivre...


Ceux qui ont misé sur la forme

Quand les constructeurs prenaient des risques

Tout d'abord, on peut recenser une première catégorie de constructeurs automobiles, ceux qui ont misé sur la forme de leurs modèles pour se démarquer. C'est certainement l'un des paris les plus risqués, c'est pour cela qu'ils n'expérimentent généralement cela que sur un seul modèle au sein de leur gamme. Avec l'Avantime, Renault a pris de sérieux risques, qui n'ont pas payé, le marché n'ayant pas été réceptif à la carrosserie d'un monospace à trois portes. Probablement en avance sur son temps, ce modèle aura surtout fait perdre de l'argent à la marque au losange. Les autres en ont tiré les leçons et n'ont pas réitéré l'expérience.

À l'inverse, d'autres ont repris des préceptes très anciens en les remettant au goût du jour, c'est de nouveau le cas de Renault avec le Scénic, monospace dont la forme descend elle-même du Fiat 600 Multipla de la fin des années '50. Notons aussi, dans un autre registre, le Nissan Qashqai, nommé commercialement crossover, qui a instauré dans l'hexagone et partout en Europe le principe du "4x4 pour tous". Juste l'hologramme du 4x4 d'ailleurs puisque la quasi totalité de ces modèles dîts petits SUV n'ont que deux roues motrices. Est-ce une déclinaison plus raisonnable du modèle américain ? À voir. En tout cas, dans le cas du Chrysler PT Cruiser, c'est pleinement le cas. Ce modèle a mi-chemin entre le camion et la voiture américaine a bousculé les conventions, avec des ventes tout à fait honorables.


Ceux qui ont développé un art de vivre

Quand les constructeurs prenaient des risques

D'autres constructeurs ont fait en sorte de proposer des voitures qui se vivent, avec un caractère fort et innovant. On pense par exemple à la Lotus Elise, qui est à mi-chemin entre le roadster et la barquette et donc le concept s'inspire de modèles plus anciens. Elle privilégie le plaisir et permet même des arsouilles sur routes de campagne ! À l'inverse, la Fortwo signée Smart a permi de bénéficier d'un cocon sur roue idéal pour les citadins qui n'ont plus à se soucier de l'encombrement de leur monture.

Avec le Combi, Volkswagen a aussi à différentes personnes de voyager à moindre frais dans un modèle rapidement devenu typique et le symbole de toute une génération. La 2CV et la Coccinelle, tout comme la Fiat 500 sont aussi des modèles qui ont marqué leur génération par leur côté facile-à-vivre. Pour tout ces modèles, les constructeurs ont donné une image forte, quitte à innover sur certains points et tirer la gamme vers le bas au lieu de vers le haut pour séduire un public plus large. Ces petites voitures vendues à un prix modique sont rapidement devenues tendance et leur cote aujourd'hui n'a plus rien à voir avec leur prix de vente originel !


D'autres créent de véritables vitrines technologiques

Quand les constructeurs prenaient des risques

Actuellement et plus que jamais, la concurrence est très rude entre les différents constructeurs. La plupart misent sur une très large palette de modèles, allant de la citadine à la sportive. Pour renforcer l'image de marque, les constructeurs réalisent des modèles élitistes censés renforcer l'attrait envers les modèles et surtout asseoir la réputation. C'est le cas de Bugatti avec ses Veyron et Chiron mais aussi de Porsche avec la 918 Spyder ou même Ferrari avec la LaFerrari pour n'en citer que quelques unes.

On pourrait aussi citer l'Audi R8, qui a structuré la gamme Audi. D'autres constructeurs ont pris ce type de risques, comme Renault avec l'audacieux Spider, au succès tout à fait remarquable. C'est typiquement le genre de modèle qui ne touche qu'un public restreint mais qui toilette efficacement une image vieillissante.  Peugeot a bien expérimenté les modèles-vitrine, mais sans oser donner de suites. Nombreux sont les concepts tombés aux oubliettes, la 908 RC, l'Onyx Concept ou bien les RC Pique et RC Carreau. Les raisons sont simples : même si ces modèles ne sont pas destinés à une production massive, ils engendrent des coûts de fabrication considérables. Rappelons par exemple que les Bugatti Veyron étaient vendues à perte !


Pour d'autres, c'est la motorisation

Quand les constructeurs prenaient des risques

Enfin, d'autres constructeurs misent sur la motorisation pour faire la différence. Et ils sont nombreux. Peugeot, à la fin des années '50 a développé une motorisation Diesel sur sa 403. Une version anémique qui a contribué à la popularisation de ce type de carburation. Avec le prix des carburants pour moteurs thermiques qui grimpent de plus en plus, certains constructeurs ont misé sur l'hybride, puis l'électrique. Avec plus ou moins de succès. On pense notamment à la Toyota Prius qui fut l'instigatrice de l'hybride-essence. Tandis que l'hybride-Diesel, dont l'intérêt est plus limité, a fait son bout de chemin également.

Porsche a également choqué plus d'un puriste en présentant une version Diesel au Cayenne. Mais cela répondait à une vraie demande et le succès n'est plus à démontrer. Citroën aussi, à l'aube des années '80 a pris un pari audacieux, en disposant une mécanique Maserati sous le capot de la SM, le succès fut réel. Mais quand la mécanique manque de noblesse, il faut utiliser des subterfuges. Avec la multiplication de normes antipollution, les constructeurs se trouvent contraint à "créer" une sonorité à leur modèle. Dans le cas des Renault Clio 4 RS, Audi SQ5 TDI ou bien Volkswagen Golf 7 GTD, elle est otout à fait factice et superficielle. Est-ce que cela choque les propriétaires ? La majorité ne le savent même pas...


Et pour la suite ?

"In the car", de Roy Lichtenstein. Source photo : www.roylichtenstein.com

"In the car", de Roy Lichtenstein. Source photo : www.roylichtenstein.com

Prendre des risques quand on est un constructeur automobile, ce n'est pas la meilleure option actuellement. Surtout quand les comptes sont dans le rouge. C'est pour cela que la plupart des constructeurs ne sortent pas réellement de nouveaux modèles mais se contentent de se copier plus ou moins grossièrement les uns les autres. On pense par exemple au BMW X6 et à son clône Mercedes GLC. Ou bien à la Renault Mégane 4 qui adopte un design d'allemande pour séduire davantage.

L'audace et la prise de risques ne sont pas mortes. Mais elles deviennent de plus en plus rares et réservées aux constructeurs dont l'image de marque est en béton. Mais aussi aux plus fortunés. L'heure n'est plus au développement de gamme, bien au contraire. Il s'agit pour beaucoup de rester dans le coup. Plus de révolutions, juste des évolutions.


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