AC58 • Ferrari F355 GTS '95

Thomas DROUART      6 Novembre 2015       Ferrari V8 Italiennes Années '90

AC58 • Ferrari F355 GTS '95

La Ferrari F355 GTS succède à la 348 dans le but d'élever le niveau et d'entrer de plain pied dans les années '90. Le pari n'est pas simple mais fait son effet : les ventes repartent et la nouvelle gamme de berlinettes s'impose rapidement dans son secteur. Mais corrige-t-elle vraiment tous les défauts de sa prédécesseuse ?

 

Fiche technique
 Modèle Ferrari F355 GTS
 Moteur 3.5 V8 380 chevaux
 Dimensions 4,25 x 1,90 x 1,17 mètre
 Masse 1 350 kg
 Commercialisation 1994 - 1999          2 408 exemplaires
 Côte moyenne 80 000 €
 0 à 100 km/h 5"3
 Vitesse max 290 km/h
 Consommation 19,0 l/100 km
 Date et lieu 14 juin 2015, Le Mans
AC58 • Ferrari F355 GTS '95

Opération séduction. Enzo Ferrari décède en 1988, laissant derrière lui une marque qui ne demande qu'à continuer dans les traces de son créateur. Pour la première fois, les ingénieurs ont dû faire face à leurs propres choix et définir les évolutions futures. La Ferrari 348 n'eut pas le succès attendu : son manque de polyvalence et son comportement ont déçu les puristes. Impossible de réitérer la chose. Chez Ferrari, les berlinettes sont produites en deux temps : une première mouture, innovante et construite depuis une feuille blanche, suivie d'un modèle, au design revu avec des améliorations conséquentes sous le capot. Chez Maranello, les finances ne permettaient pas la refonte intégrale d'un modèle, il a donc fallu se satisfaire d'une amélioration. Une amélioration qui s'appelle F355 et qui reprend la ligne générale de la 348. Mais en réalité, plus rien n'est vraiment pareil et les défauts de l'aïeule semblent déjà bien loin !

AC58 • Ferrari F355 GTS '95

Objectif 911. Quand on regarde la Ferrari F355, la comparaison avec la 348 est inévitable, et pour cause, la ligne est très proche mais gagne en modernité. Exit les arêtes saillantes, place à des lignes plus douces, plus sensuelles. L'image de la sportive brutale s'efface timidement au profit d'une ligne moins agressive et plus élégante. C'est la volonté de la marque qui désire faire de sa berlinette un modèle polyvalent permettant un usage tant sur circuit que sur route. Pourtant sous le capot, la puissance est en hausse, un pari osé quand l'une des priorités du modèle naissant est ailleurs. L'objectif est clair : rivaliser avec la Porsche 911, dont la génération 993 est particulièrement aboutie et permet une utilisation au quotidien.

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Un style épuré. Sans surprise, la ligne signée PininFarina est calquée sur celle de la 348, avec une face avant redessinée pour une meilleure aérodynamique, des pare-chocs plus enveloppants et des ouïes latérales ouvertes sans baguettes pour une ligne plus épurée. Le style Testarossa s'efface progressivement avec un arrière entièrement revu, sans grille et nettement plus moderne. De même, les bas de caisse sont désormais peints tandis que les phares demeurent escamotables. Fini le style années '80, l'équipe menée par Lucas Di Montezemolo veut entrer de plein pied dans la nouvelle décennie et définir de nouveaux codes stylistiques. On obtient ainsi une F355 à la ligne nettement plus souple et aérée faisant oublier la 348 au succès très relatif.

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Affûtée. Impossible de parler de la ligne sans évoquer les jantes. Elles sont en 18 pouces et affichent un design plus sobre que celles montées sur les 348. Elles sont en magnésium et abritent des disques de frein de 300 millimètres à l'avant et 305 à l'arrière, le tout pincé par des étriers à quatre pistons intégrant l'ABS. De ce côté là, rien à signaler, le freinage est mordant et endurant. Les premières aides à la conduite sont également de la partie, comme la direction assistée qui permet une utilisation plus confortable. Trois types de carrosserie sont par ailleurs proposées : le coupé F355 GTB, qui est la version coupé, la F355 Spider, cabriolet et enfin la F355 GTS que nous avons ici. Celle-ci a été développée dans les traces de la 348 GTS dans le but de permettre l'homologation d'une version découvrable aux États-Unis, particulièrement réfractaires aux cabriolets à cause des normes de sécurité. La version GTS, c'est une version Targa pour laquelle seule la partie supérieure du toit au dessus des passagers s'ôte.

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Un intérieur cheap. Haute de seulement 1,17 mètre, la Ferrari F355 impose une contorsion. Comme la 348, elle déçoit par la qualité de son intérieur, dont plusieurs pièces proviennent de modèles Fiat bon marché (Ferrari appartenant au groupe Fiat-Chrysler) alors que l'équipement demeure correct, avec des baquets en cuir, la climatisation automatique, lecteur CD. Mais pour une voiture qui se veut pratique, on déplorera la disparition de la boîte à gants qui cède sa place à l'air-bag ou encore aux coffres exigüs qui ont incité bon nombre d'acheteurs à acheter le set de trois valises badgés du cavallino. Le volant est désormais à quatre branches, ce qui atténue le côté sportif. Une option course était proposée, offrant des sièges baquets avec dos en carbone et harnais à quatre points. Peu d'exemplaires l'ont reçue en première main et encore moins des versions GTS, dommage.

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Un V8 explosif. Passons maintenant aux choses sérieuses avec le V8 monté en position longitudinal arrière. Un bloc qui dispose de 5 soupapes par cylindres et qui provient toujours de la Dino 308 GT4. Un moteur pas de première fraicheur mais fréquemment actualisé et qui est passé de 300 chevaux sur la 348 à 380 sur cette F355. Un gain obtenu en augmentant la cylindrée et le nombre de soupapes, en adoptant des bielles en titane, conduisant à un poids de 168 kg, bien en deçà des masses habituelles pour un bloc moteur. La distribution peut ainsi supporter jusqu'à 10 000 tr/m tandis que les performances impressionnent : rarement un V8 atmosphérique n'aura été aussi démonstrateur et plaisant. Le 0 à 100 km/h, c'est seulement 5,3 secondes et la vitesse de pointe approche des 300 km/h. Les reprises sont bonnes, bien aidées par un centre de gravité bas et un couple maximal de 360 Nm. Ajoutez à cela un poids total de 1 350 kg et vous obtenez une Ferrari F355 GTS : un cocktail détonnant qui sait se montrer docile au quotidien où l'habitacle fleure bon l'huile brûlée et le sans-plomb...

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Chère Ferrari. Pour la discrétion, il faudra repasser puisque ce V8 n'a jamais été réputé pour son silence de fonctionnement. Mais le point positif, c'est que la sonorité est divine. Une seule boîte de vitesse est proposée jusqu'en 1997, il s'agit d'une traditionnelle boîte manuelle à six rapports héritée de la 456 GT à moteur V12. Après cette date, la boîte F1 fait ses débuts. Un immense succès pour cette transmission qui inaugure les palettes au volant et permet des passages de rapport d'une extrême rapidité même si elle ne bénéficie pas de l'aboutissement de celle montée sur les Ferrari ultérieures. Quant aux dépenses à prévoir, elles sont malencontreusement hautes... Les collecteurs ne sont pas réputés pour leur longévité tandis que la distribution nécessite une dépose du moteur tous les 40 000 kilomètres, une opération demandant près de 20 heures et une facture de près de 5 000 euros et même plus dans le réseau Ferrari.

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Rare et chère. Et ce n'est pas la consommation qui rattrape la donne avec une moyenne peu éloignée des 20 litres aux 100 kilomètres. Mais à côté de ces désgaréments, la F355 marque un réel bon en avant tant au niveau des sensations que des équipements. La ligne est souvent érigée parmi les plus belles de la marque, souvent même devant celle de la 360 Modena et bien devant la 348 qu'elle remplace. 2 408 versions GTS sont sorties des usines Maranello, une production peu conséquente qui se ressent sur le marché de l'occasion avec des cotes qui repartent à la hausse. Il faut maintenant débourser près de 80 000 € pour profiter de cette déclinaison Targa qui réunit le meilleur des deux mondes : la praticité d'un coupé et la possibilité de rouler cheveux au vent quand l'envie survient du cabriolet.

AC58 • Ferrari F355 GTS '95
Faut-il acheter une Ferrari F355 GTS ?

Difficile de ne pas se laisser séduire par la F355 GTS, qui dispose de sérieux arguments. C'est un bon modèle qui a connu un rappel en 1996 pour la gestion électronique et qui profite d'une bonne fiabilité. Mais il ne suffit pas de débourser près de 80 000 € pour profiter au quotidien de cette belle italienne, l'enveloppe pour l'entretien doit être conséquente, prévoyez au bas mot 5 000 € par an. Mais pour ce prix, vous avez certainement l'un des plus beaux joyaux créé dans l'ère de l'après-Enzo, un modèle dont le créateur de la firme aurait certainement été très fier.
 

3 arguments
3 contre-arguments
Ligne réussie
Performances
Sonorité
Finition intérieure
Cote élevée
Entretien très onéreux


Référence article : AC58 • Version 3.1


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